isabelle arthuis
Les exponentiel(s)
Exposition à Bruxelles : Forwart, BBL, Bruxelles
Le carton d’invitation de l’exposition ForwArt semble a priori très clair : quatorze artistes sont invités : Nico Dockx, Arturo Herrera, Valérie Mréjen, Anri Sala, Paul Van Der Eerden, Andreas Siekmann, Florian Pumhösl, Simryn Gill, Tabaimo, Mircea Cantor, Ana Torfs, Dolores Zinny & Juan Maidagan, Cerith Wyn Evans et Isabelle Arthuis. Isabelle Arthuis travaille dans l’emprunt et la fabrication d’images, principalement photographiques, et parfois vidéographiques. Des images qui nous montrent les lieux et la vie de personnes qu’elle rencontre, nées des expériences du quotidien et du social ; des images qu’elle déplace, agence et restitue pour construire un sens, une histoire. Sur de multiples formats et cadrages - de la carte postale à l’affiche publicitaire en passant par le diaporama ou le livre, de ses propres clichés au détail d’une peinture de Kranach - l’artiste embrasse le monde en juxtaposant méticuleusement un choix d’innombrables points de vue. Invitée par Museum in Progress en novembre 2001, elle a investit 2500 panneaux d’affichage en inondant la ville de Vienne d’images de satellite, de vues fixées depuis le cosmos, autant de constellations qui traverseront dès lors l’agglomération de façon fragmentaire et global. Isabelle cristallise les images du monde, presque toujours en noir et blanc, dans une narration photographique, proche d’une composition picturale. Aussi, convient-il d’inscrire cette entreprise dans la dynamique d’un projet plus vaste, d’un engagement, une attitude, une manière de faire… L’artiste peint ses tableaux par trois procédés, bien souvent amenés à converger : l’élaboration, l’appropriation et le partage des images. C’est cette troisième donne - une image globale construite en collaboration avec d’autres artistes - qui traverse constamment son travail de manière logique et constructive. Encore en 2001, Isabelle Arthuis met en place avec Erwan Maheo l’exposition Mathématiques dans la galerie du TNB à Rennes. L’espace se présente tel l’image d’une maille dans laquelle se tissent, se nouent et se démêlent les différentes propositions des deux artistes ainsi que celles de leurs invités : Jacques Lizène, Xavier Noiret-Thomé, Michel François, Bruno di Rosa. L’intitulé, Mathématiques, n’énonçait donc pas un quelconque contenu scientifique mais faisait davantage état d’une attitude, d’une façon de travailler. L’on assiste au déploiement d’une équation, à une forme d’alchimie : celle qui décline une lecture d’ensemble à partir d’une série d’individualités sans pour autant toucher à des questions de paternité; à un montage – au sens filmique du terme – dans lequel chaque séquence aurait toutefois préservé son autonomie et sa spécificité ; à une collaboration, c’est-à-dire, à la mise en vue du périlleux exercice d’une unité construite à plusieurs. L’alchimie, l’équation … voilà peut-être des clés de lecture possibles pour mieux comprendre le projet qui nous occupe ici. Car en investissant les vitrines commerciales de la rue Ruysbroeck, Isabelle Arthuis écrit une nouvelle équation, elle tend une nouvelle trame à tisser collectivement, en réseau, pour investir à nouveau une partie de la ville. Une ville dans laquelle nous aurions pris l’habitude d’entendre que l’ébullition artistique est tributaire d’une situation difficile mais qui présente certes – et au delà de clichés réducteurs et stagnantes – une dynamique de groupe, obligée ou pas, peu importe. Isabelle invite treize artistes travaillant à Bruxelles, treize artistes dont la démarche spécifique empêche tout discours global et fédérateur, treize artistes dont elle aime le travail et avec lesquels elle souhaite dresser un tableau dans l’espace public. Les éléments constitutifs comme la composition finale de cette peinture resteront sur le registre de l’aléatoire. Rassemblés, unis, désunis …les exponentiels.
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